Deux semaines de janvier 2025 ont suffi pour mettre à genoux des milliers de logements en Ille-et-Vilaine. Les tempêtes Eowyn et Hermina, puis la dépression Ivo, ont déclenché crues et débordements qui ont saturé les réseaux de plomberie avant même que les assurés puissent déposer leur déclaration. À La Réunion, le cyclone Garance a généré 68 000 sinistres en quelques jours. Le bilan MRN 2025, publié en mars 2026, l'atteste : les événements climatiques extrêmes ne sont plus des anomalies statistiques — ils redéfinissent le terrain de l'expertise eau.
Ce que le bilan MRN 2025 révèle pour le marché de la recherche de fuite
L'année 2025 s'est distinguée par une sinistralité contrastée mais globalement en hausse sur les événements à composante eau. Un hiver particulièrement pluvieux dans le Nord-Ouest et les Alpes, un été classé troisième plus chaud depuis 1900, et 23 000 communes touchées au moins une fois par des épisodes de grêle exceptionnels entre mai et septembre. La sécheresse et le retrait-gonflement des argiles (RGA) représentent à eux seuls entre 1,1 et 1,5 milliard d'euros de dommages estimés.
Pour les experts en recherche de fuite, cette accumulation d'événements signifie une chose concrète : les missions post-sinistre Cat Nat — longtemps marginales dans les carnets d'adresses — deviennent une composante régulière de l'activité. Et elles obéissent à des règles documentaires différentes de celles d'un dégât des eaux classique.
Ce que l'inondation fait réellement aux canalisations
Une crue n'est pas qu'un problème de niveau d'eau. Elle exerce une pression hydrostatique externe sur les canalisations enterrées, introduit des particules abrasives dans les joints, déstabilise les remblais et déforme les emboîtements flexibles. Sur les réseaux anciens — fonte grise, grès ou PVC rigide — les contraintes mécaniques générées par un sol gorgé d'eau peuvent provoquer des fissurations qui ne deviennent détectables qu'après séchage complet du terrain.
Les matériaux modernes ne sont pas épargnés. Les raccords à compression, conçus pour les mouvements de dilatation thermique, ne sont pas dimensionnés pour des cycles répétés de saturation-drainage rapide. L'AQC documente des déformations de joint suffisantes pour créer des fuites chroniques post-crue, invisibles à l'œil nu et non détectables sans test de pression.
Cinq zones à inspecter en priorité
1. Les branchements et regards de visite. C'est le premier point d'entrée de la boue. L'inspection télévisée (ITV) selon NF EN 13508-2 permet de coter chaque défaut avec un code normalisé reconnu par l'assureur. Après une crue, relever systématiquement la présence de dépôts, déformations et déboîtements.
2. Les joints de raccordement sur réseaux enterrés. La pression hydrostatique externe pendant la submersion sollicite les joints en sens inverse du sens de service. Sur les emboîtements à joint caoutchouc, vérifier l'étanchéité par essai à l'eau selon NF EN 1610 (méthode W) à 0,05 bar sur 30 minutes minimum.
3. Les canalisations sous dallage et chape. En zone argileuse — concernée par le RGA — le cycle saturation/gonflement peut déplacer latéralement les canalisations de plusieurs millimètres. Ce déplacement n'est détectable qu'à l'ITV ou par corrélation acoustique après remise en pression.
4. Les disconnecteurs et clapets anti-retour (NF EN 1717). Une inondation peut pénétrer les réseaux par les évacuations. Les clapets anti-retour sur les siphons de sol et les bassins sont exposés à des dépôts qui bloquent la fermeture hermétique. Tester chaque organe de protection contre la pollution de l'eau potable après submersion.
5. Les siphons et évacuations enterrées sous plancher bas. C'est la zone la moins inspectée et la plus fréquemment source de sinistres chroniques post-inondation. Un siphon partiellement colmaté par des dépôts de crue peut provoquer des refoulements plusieurs mois après l'événement.
Ce que l'assureur attend dans un rapport Cat Nat
Le régime Cat Nat (articles L 125-1 et suivants du Code des assurances) diffère fondamentalement de la convention IRSI. Il nécessite un arrêté interministériel de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, et l'assuré dispose de 30 jours à compter de la publication de cet arrêté pour déclarer son sinistre.
Pour l'expert en recherche de fuite, ce cadre impose un rapport documentaire plus rigoureux qu'un sinistre dégât des eaux classique.
Le rapport doit comprendre :
- Photos datées avec géolocalisation et laisse de crue visible
- Relevés des tests de pression sur chaque tronçon inspecté (NF EN 1610)
- Codification ITV si inspection caméra réalisée (NF EN 13508-2)
- Distinction explicite : dommages Cat Nat vs fuite antérieure à la crue
- Estimation de la durée de présence d'eau pour les sinistres humidité différée
NF EN 1610 : la norme de remise en service après sinistre
La norme NF EN 1610 « Mise en œuvre et essai des branchements et collecteurs d'assainissement » (AFNOR) prescrit deux méthodes d'essai directement applicables après une inondation :
| Méthode | Fluide | Pression | Durée minimale |
|---|---|---|---|
| W (eau) | Eau | 0,05 bar ou 0,10 bar | 30 min + 30 min |
| L (air basse pression) | Air | 0,010 bar | 5 min |
La méthode W est recommandée après submersion : elle détecte les fuites actives sous pression proche des conditions réelles de service, là où la méthode L peut masquer des défauts qui ne s'ouvrent que sous charge hydraulique.
« Après les inondations de janvier, on a enchaîné soixante missions en trois semaines. La moitié portaient sur des canalisations qui tenaient en apparence mais lâchaient dès la remise en pression. Sans le protocole NF EN 1610 formalisé dans chaque rapport, les assureurs auraient renvoyé la moitié des dossiers en demande de complément. »
Une sinistralité climatique qui change les pratiques
Le bilan MRN 2025 n'est pas un fait divers — c'est un signal structurel. Sur les vingt dernières années, la fréquence des événements générateurs de sinistres eau (inondations, RGA, submersions) a progressé de façon documentée. France Assureurs chiffre les indemnisations dégâts des eaux à 2,39 milliards d'euros en 2024 — dont une part croissante relève de sinistres à composante climatique, instruits sous le régime Cat Nat plutôt que sous les conventions IRSI.
Pour les pros de la recherche de fuite, cela signifie que la maîtrise des normes NF EN 1610 et NF EN 13508-2, la capacité à produire un rapport Cat Nat structuré et à distinguer les pathologies préexistantes des dommages directs, devient un véritable avantage concurrentiel — et une garantie de voir ses dossiers acceptés sans aller-retour.
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